DÉCLARATION POLITIQUE DES 4 SECTIONS LOCALES
CONTRE LES POSITIONS DU PARTI QUÉBÉCOIS
Madame Marois,
En tant que représentants des travailleuses et travailleurs syndiqué-e-s d'Hydro-Québec, nous voulions vous faire part de notre déception par rapport à vos déclarations et celles des députés Marceau et Gaudreault concernant Hydro-Québec.
Le député Marceau affirme que les sociétés d'État ne sont pas assez performantes, qu'il faudrait « dégraisser » l'État et que les employé-e-s de l'État sont trop gourmands. Quant au député Gaudreault, il veut abolir notre régime d'intéressement que nous avons négocié de bonne foi. Vous avez, madame Marois, appuyé les conclusions du comité sur l'économie et les finances publiques. Sachez que si elles sont adoptées par le gouvernement, elles nuiront aux intérêts des travailleuses et travailleurs d'Hydro-Québec tout autant qu'aux citoyens du Québec.
Les savantes analyses des économistes basées sur des comparaisons anonymes et obscures sont trompeuses. S'en servir pour agir n'est pas sans conséquence. Nous avons bien ri lorsque nous avons lu qu'Hydro-Québec aurait pu économiser, en une seule année, 60 millions de dollars ($) au seul service à la clientèle, c'est plus que le salaire de tous les employé-e-s du service à la clientèle! Nous ne sommes pas économistes, mais il semble nécessaire qu’il y ait au moins un-e employé-e et un téléphone pour répondre aux clients. Pourtant sur la base de cette donnée farfelue, les sages recommandent à Hydro-Québec de réduire de 1 % ses charges d'exploitation. Les comparaisons avec les autres « Utility » en Amérique sont boiteuses, car on exige d'Hydro-Québec, plus qu'à aucune autre, de créer et maintenir des emplois dans toute la province. Par exemple, pensons aux tarifs des alumineries qui défient toute concurrence. Ne croyezvous pas que cela affecte sa performance?
Par ailleurs, nous ne sommes pas plus impressionnés par les prises de position du Parti québécois en matière d'énergie, et encore moins par le travail du député Gaudreault, critique en cette matière. Que dire des autres députés membres de la commission parlementaire qui ont entendu Hydro-Québec!
Lors de cette commission, les députés du Parti québécois ont utilisé tout leur temps de parole en s'acharnant sur le Parti libéral pour lui faire reconnaître l'inexistence du Plan Nord. Ils ont aussi essayé d'obtenir des aveux du PDG d'Hydro-Québec à l'effet qu'il a favorisé des écoles privées par l'octroi de dons. Finalement, ils ont même tenté de faire dire au PDG que la réfection de la Centrale nucléaire de Gentilly était en fait une construction. Le député Marceau a brandi les études de l'Institut Économique de Montréal pour tenter de discréditer la performance d'Hydro-Québec alors que l'auteur analyse de petits producteurs d'électricité. Bref, une comparaison entre des cerises et un melon. Un député a voulu savoir si les églises de son comté avaient droit à une subvention. Un autre a insisté pour qu'Hydro-Québec se « modernise » en subventionnant les panneaux solaires et en changeant ses compteurs sans se questioner sur le coût, les impacts et l'utilité de ces investissements! En somme, ni le Parti québécois, ni la population n'a pu apprendre quoique ce soit sur la performance d'Hydro-Québec sinon ce qu'en a dit le PDG et la ministre de l'Énergie qui, nous devons l'avouer, était en parfaite maîtrise de son dossier et a mis votre équipe dans ses petits souliers. C'est le monde à l'envers! Alors que les libéraux montrent une grande fierté d'Hydro-Québec, le Parti québécois pilonne tout ce qui en ressort!
Nous avions pourtant fourni, au député Gaudreault des informations pertinentes sur Hydro-Québec Distribution et nous lui avions aussi soumis l'étude sur le projet de changements de compteurs que nous vous avons également remis lors du Conseil Général de la FTQ, mais il n'a pas cru bon s'en servir. On parle pourtant d'un milliard et demi de dollars ($) d'investissements!
Concernant la réfection de la Centrale nucléaire de Gentilly, le député nous a affirmé que ses questions avaient pour but de démontrer que le BAPE n'avait pas analysé le dossier sous le bon angle. Et puis après! La fermeture de Gentilly est-elle le réel objectif du Parti québécois? Le Parti québécois est-il opposé au nucléaire? Voilà un réel débat de société que pourrait lancer le Parti québécois plutôt que de faire un spectacle devant dix (10) spectateurs en commission parlementaire. En attendant, il serait plus prudent de remettre à neuf cette centrale. Toute la région bénéficiera des deux (2) milliards d'investissements. Nos membres sont fiers d'y travailler et ils n’ont jamais eu peur d'y mettre un pied. Même les citoyens opposés au nucléaire sont rassurés par le fait que c'est Hydro-Québec qui l'exploite plutôt qu'une compagnie privée étrangère. Et que propose le Parti québécois comme alternative?
Dans le dossier éolien, bien que vous avez déjà affirmé que cela devrait appartenir au domaine public, en commission peu ou pas de questions sur les besoins pas plus que sur les coûts. Nous n'avons pas non plus senti de réels appuis aux communautés. Si le député Drainville critique en matière de santé (!) nous a rassurés par sa déclaration écrite, parue dans La Presse, sur la nécessité de la nationalisation, l'appui aux thèses de l'institut Économique de Montréal par le député Marceau nous a ramenés sur terre. Finalement, où en est le Parti québécois?
Un appui à la hausse envisagé de 1,5 ¢/KWH des tarifs d'Hydro-Québec pour réduire le déficit est une erreur stratégique qui pourrait vous aliéner une bonne partie de la population. En ce sens que c'est une mesure discriminatoire et inéquitable. Ce sera une rupture finale du pacte social. Plus on utilise les bénéfices (75 %) d'Hydro-Québec pour payer nos programmes sociaux, plus la démonstration est Claire que c'est de l'impôt déguisé. Il faut comprendre qu'on soit pauvre ou riche quand on chauffe à l'électricité, on contribue davantage à la réduction du déficit que ceux qui chauffent avec une autre source d'énergie. Un citoyen au revenu moyen paiera 400 $ de plus sur sa facture pour réduire le déficit alors qu'un millionnaire client de Gaz Métropolitain ne contribuera pas plus!!!
Nous croyons que l'opportunisme guide davantage vos prises de position que la raison, sinon comment expliquez-vous que nous avons obtenu un appui concret de vos députés concernant les suppressions de postes au service à la clientèle, le 9 novembre 2009 à l'Assemblée nationale, et que maintenant vous appuyez les résultats du comité sur les finances publiques sur la performance d'Hydro-Québec?
En conclusion, selon nous, il n'y a pas grand-chose qui différencie le Parti québécois du Parti libéral, deux partis de centre droit. Les Libéraux par obligation heureusement ne sont pas capables d'imposer leur plan et le Parti québécois par choix. Est-ce le bon choix?
Que le Parti québécois se le dise, la promesse d'un pays où il fait bon s'essuyer les pieds sur les fonctionnaires, couper leurs emplois, réduire les services publics et enrichir les déjà riches, plaît peut-être à certains, mais cela ne nous enchantent pas.
En dehors de la question identitaire, nous croyons sincèrement que pour convaincre un peuple à se donner un pays, il faut d'abord promettre à chaque individu un emploi, et que le fruit de son labeur lui permette de se loger et manger, mais aussi d'avoir des projets d'avenir. On devrait promettre qu'il sera respecté pour sa contribution (même s'il est fonctionnaire) et qu'il sera traité équitablement qu'il soit riche ou pauvre.
Vous trouvez sans doute que nos propos sont durs, mais nous croyons qu'ils sont réalistes. En espérant qu'ils peuvent vous être utiles.
Nous vous prions d’agréer, madame Marois, l’expression de nos salutations distinguées.

