L'asservissement du
Québec en voie d'être complété
23 juillet 2010
(texte paru dans l’Aut’Journal)
Réjean Porlier
On en dira ce
qu'on voudra, le premier ministre du Canada est un fin stratège qui sait tirer
profit de toutes les situations, même en étant minoritaire. Il sait quand et
comment utiliser la censure, exploiter la peur et est devenu très habile pour
passer les projets de loi les plus controversés. L'élève a dépassé le maître
Bush.
Mais sa plus
grande force est la faiblesse de ses adversaires. Dommage que toute cette
stratégie ne serve pas l'intérêt de la population et encore moins celle du
Québec!
Voyons d'abord
quelques faits plus généraux: Le gouvernement fédéral a avancé 200 milliards de
dollars aux banques canadiennes, suite au déploiement de la dernière crise
économique, se faisant un devoir de faire échouer les démarches internationales
pour imposer à ces banques plus de rigueur et de reddition de compte.
Depuis que le
Canada a changé le rôle de l'armée, ne se contentant plus d'être un agent de
maintien de la paix, mais s'inscrivant d'avantage dans une politique de guerre,
les dépenses militaires ne cessent d'exploser.
C'est sans la
moindre gêne, alors qu'il préparait les citoyens et citoyennes aux coupures
dans plusieurs ministères, crise économique oblige, qu'il annonçait des
dépenses avoisinant le milliard de dollar pour assurer la sécurité aux sommets
du G8 et du G20 en Ontario. Du jamais vu.
Lors des
sommets, les conservateurs nous ont donné un avant goût de jusque où ils
étaient prêt à aller pour empêcher la population de s'exprimer en procédant à
près de 1000 arrestations arbitraires au nom de la sécurité.
Sur le plan environnemental,
le bilan du Canada est tout aussi inquiétant; il s'est d'ailleurs mérité
plusieurs prix citron au sommet de Copenhague. Ses politiques sont dictées par
l'industrie pétrolière, qui n'a vraisemblablement aucun intérêt à lutter contre
les émissions de gaz à effet de serre.
Un triste bilan
qui nous permet d'affirmer que le fédéral s'inscrit plus que jamais en
contradiction avec les valeurs traditionnelles du Québec. Mais surtout, de quoi nous inquiéter sur les façons dont Ottawa compte financer
toutes ces mesures de droite qui n'ont rien à voir avec l'intérêt de la
population. Compressions dans les services publiques et privatisations de
société d'état sont à l'ordre du jour, c'est du moins ce qui est annoncé dans
le dernier budget.
Quant aux
intérêts du Québec, les Conservateurs ont encore une fois fait preuve d'une
habilité à contrôler l'opinion publique hors du commun.
Ils ont été les
premiers à vouloir reconnaître le Québec comme une Nation, damant le pion aux
Libéraux. Une reconnaissance symbolique qui n'est venu avec aucun avantage,
sinon de se faire promener dans certaines réunions où on a interdit au petit
chien de japper.
Au contraire,
Stephen Harper n'a pas caché son intention de refondre la carte électorale pour
diminuer le poids de la seule province encore francophone. (Question de temps
au rythme où vont les choses.) C'est sans compter cette percée que le
gouvernement Harper tente présentement de faire auprès de la Cour suprême du
Canada pour prendre le contrôle de la Commission des valeurs mobilières du
Québec.
Si les
Conservateurs parviennent à ce tour de forces, ils mettent en péril le modèle
socioéconomique du Québec. C'est du moins ce qu'affirme Thomas Courchene, professeur à l'université Queen
et figure d'autorité en la matière.(Le Devoir samedi
le 10 juillet 2010, page B9).
Jusqu'à
maintenant, c'est notre différence qui nous a fait serrer les coudes et sortir
de la grande noirceur. Le Québec s'en est bien sorti au cours des dernières
années parce qu'il a su se démarquer et faire des choses qui lui sont propres
et pour lesquelles il est reconnu internationalement.
Les provinces de
l'ouest forment un puissant lobby, celles des maritimes se sont regroupées sous
l'appellation du bloc de l'Est et la puissante Ontario jouit de l'avantage
incontestable d'abriter le parlement Canadien.
Le Québec et
particulièrement ce qu’il représente, est de plus en plus isolé et de surcroit Ottawa s'attaque continuellement à sa spécificité,
essayant de nous noyer dans la masse. Une masse qui nous est souvent hostile,
on l'a vue dans le dossier de l'achat du réseau électrique du
Nouveau-Brunswick: tout sauf le Québec!
Pour arriver à
se démarquer dans toute cette homogénéité qui nous entoure, plus que jamais il
faut savoir miser sur notre différence et pour cela, il faut pouvoir avoir le
contrôle de notre économie.
Est-ce que ce
contrôle passe par l'indépendance mur à mur? Peut-être pas, mais elle passe
très certainement par notre indépendance énergétique.
On ne parle pas
ici d'une indépendance axée sur l'exploitation pétrolière par et pour quelques
multinationales, mais d'un projet beaucoup plus ambitieux et structurant pour
le Québec: Maîtres chez nous #2.
Rien de moins
que l'électrification du réseau de transport public dans tout le Québec. Un projet
économique, environnemental et social d'envergure.
Ça ne vous
dirait pas de compléter ce que nos prédécesseurs ont commencé admirablement? Un
peu d'ambition que diable!
