Le maire Labeaume et son TGV
Lors du congrès du SCFP Québec, qui se tenait dans la Capitale Nationale en mai dernier, il y a eu tentative pour rencontrer l'équipe de M. Labeaume et l'entretenir sur l'étude commandée à l'Institut de recherche en économie contemporaine (IRÉC) sur l'électrification du transport en commun au Québec.
Si le vice-président du comité exécutif, M. François Picard, a bien daigné prendre quelques minutes au téléphone pour échanger sur le sujet, il nous a été impossible d'obtenir un rendez-vous afin de présenter les conclusions de l'étude et tenter d'influencer le maire et son équipe sur sa politique de développement du transport dans la grande région de Québec.
Pourtant, le projet de monorail présenté dans le rapport de l'IRÉC est ambitieux, structurant, mobilisant pour une société comme la nôtre. D'autant plus que les avantages du monorail sont incontestables, non seulement du point de vue de la rentabilité, mais aussi au niveau de l'efficacité, de la flexibilité et de la faisabilité.
Le monorail permet de s'ajuster au terrain, il accélère et décélère beaucoup plus rapidement que le TGV, tout en atteignant des vitesses de pointe impressionnantes; il s'adapte beaucoup mieux aux conditions hivernales puisqu’il est suspendu; chaque unité est indépendante, ce qui ajoute à la flexibilité et, de surcroît, il pourrait faire appel à une technologie entièrement québécoise. L'étude est claire, ce projet renferme un potentiel économique, social et environnemental incroyable.
Pour le même investissement consacré au TGV entre Québec et Windsor, il y a la possibilité de développer un réseau beaucoup plus étendu et adapté aux besoins du Québec, tant pour le transport des personnes que des marchandises. Mais ce qui rend ce projet encore plus attrayant, ce sont les dizaines de milliers d'emplois de qualité qui s'y rattacheraient, un facteur à ne pas négliger par les temps qui courent.
Bref, difficile de s'expliquer que ni le gouvernement ni la Ville de Québec ne daignent se donner la peine de regarder l'étude et d'amener une équipe sérieuse à s'y pencher, alors même que le réseau des ingénieurs du Québec s'est dit très favorable au projet lors d'un colloque organisé en janvier 2011 par l'IRÉC.
Il est vrai que le monorail, tel qu'il est présenté dans l'étude, n'a pas été testé, mais cela est pris en compte puisqu'à l'intérieur du rapport, le développement d'un banc d'essai est planifié.
Doit-on s'attendre à ce que le gouvernement libéral mette de l'avant un projet aussi ambitieux dont les retombées pourraient être déterminantes pour l'avenir du Québec? Bien sûr que non! Il nous a donné la preuve à plus d'une reprise que son agenda en était d'avantage un de démolition des acquis sociaux au profit des amis du parti. Pour espérer voir ce projet aller un jour de l'avant, nos dirigeants devront au minimum être un peu visionnaires et convaincus de nos possibilités.
Par contre, ne pas voir le maire de Québec tenter de s'intéresser à un enjeu de société aussi important, lui qui carbure aux projets d'envergure, ça c'est plus inquiétant. Nos petits cousins européens ont dû multiplier les courbettes pour que le TGV fasse enfin son entrée en Amérique du Nord et M. Labeaume, qui ne déteste pas l'idée d'être le premier, a sans doute vu là une occasion de marquer l'histoire.
Ne pourrait-il, au moins, se donner la peine de regarder cette alternative? Ou bien se serait-il déjà trop avancé? Il ne serait pas le premier politicien à qui ça arriverait.
Si M. Labeaume se lance tête première dans le projet d’un train à grande vitesse, lequel, en passant, n'est pas adapté aux contraintes environnementales québécoises, non seulement cela nous coûtera très cher collectivement, mais c'est un autre éléphant blanc qui risque de figurer dans notre grand livre d'histoire.
En contrepartie, si le maire de Québec se donne la peine de regarder et d'analyser les possibilités qu'offre le développement d'un réseau de monorail au Québec, je fais le pari qu'il ne pourra que constater les avantages de cette filière et qu'il en verra rapidement l’énorme potentiel, comme tous ceux et celles qui s'y sont intéressés.
Qui sait, avec un peu plus d'ambition, l’exportateur d'une technologie de pointe dont nous serions tous bien fiers, ça pourrait être le Québec.
Alors M. Labeaume, qu'est-ce que vous attendez pour sauter dans le monorail?
Réjean Porlier, président provincial